Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'émergence d'autres mondes possibles.
C'est un point de ralliement pour ceux qui veulent comprendre les réalités de la vie et des luttes paysannes dans le monde et ici en Europe.
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Editorial« Face aux crises, nous avons besoin de solidarité. »
Sécheresse, canicule, incendies, mais aussi, dans certains départements, grêle et, pour certain·es, le retour de difficultés sanitaires avec la FCO*… La période estivale ne nous a pas épargné·es et fait souffrir toutes les fermes ! Les conséquences du réchauffement climatique ont des répercussions économiques, physiques et morales considérables. L'urgence est là. Elle est climatique, écologique, économique et sociale. Elle réside aussi dans la nécessité de nous mobiliser collectivement face à ce qui vient. Car ces crises ne sont pas derrière nous : elles s'installent, se cumulent et vont continuer à produire leurs effets sur nos fermes et nos territoires.
Les difficultés à y faire face sont d'autant plus importantes qu'elles s'ajoutent à une situation économique déjà extrêmement tendue, dans un contexte où l'inquiétude quant à l'avenir de nos fermes est profonde. Si certain·es niaient encore les conséquences et le dérèglement climatique lui-même, aujourd'hui, les évidences sont criantes et cruelles.
Elles sont cruelles parce qu'il n'y a pas d'égalité face à ses répercussions. Celles et ceux qui sont les plus impacté·es sont aussi les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre (1). Et si toutes les agricultures sont impactées, les fermes qui disposent de moins de moyens de production, de moins d'avance en stocks, de moins de trésorerie, qui n'ont pas accès au système assurantiel ou qui sont situées dans les zones de production les plus difficiles sont aussi les plus fragiles.
On le sait, toutes les crises provoquent une « purge » économique et sociale qui s'effectue par la base. L'oligarchie agricole et nos gouvernants, bien qu'ils affichent dans les médias, avec des larmes de crocodile, un soutien ému à la paysannerie, assument et souhaitent la disparition des paysan·nes. Rappelons-nous les mots de notre ministre Annie Genevard, au dernier Salon international de l'agriculture, sur la « taille critique » des fermes.
Car malgré les températures qui acculent le modèle productiviste et capitaliste dans ses retranchements, la boussole des dominants reste invariablement orientée vers la compétitivité ! Ainsi, pour eux, l'urgence est de garantir les intérêts des plus puissants, comme la filière des engrais ou la méthanisation et de ne pas prioriser l'accès aux fourrages pour l'élevage. La crise écologique et climatique que nous vivons est une crise du capitalisme extractiviste ! Donc, tous ceux et celles qui bénéficient de ce système feront tout pour le protéger.
Les discours simplistes, populistes et mensongers sur le stockage de l'eau en sont l'exemple le plus criant ! Nous le disons et le répétons : oui, nous avons besoin d'eau en agriculture, mais l'urgence est de protéger cette ressource, de prioriser ses usages et de la partager, pas d'accélérer son accaparement !
À cette situation, l'extrême droite et la droite répondent en désignant des coupables. Elles cherchent à faire porter la responsabilité de la crise à celles et ceux qui, comme nous, alertent depuis des années sur les impasses du modèle productiviste et sur les conséquences du dérèglement climatique. Elles tentent ainsi de détourner les colères légitimes plutôt que de s'attaquer aux véritables responsables et aux logiques économiques qui produisent ces crises.
Dans ce contexte, les peurs, les conflits d'usage, les tensions et les colères vont sans doute resurgir et s'exprimer. Nous devons nous y préparer. La Confédération paysanne, parce qu'elle porte un projet de société qui appréhende toute la complexité des enjeux, parce qu'elle regarde avec lucidité les difficultés à venir, va sans doute être attaquée par ceux qui instrumentalisent, dans ce moment pré-présidentiel, toutes ces colères légitimes.
Mais cette rentrée est aussi celle de la mobilisation. Les mois et années qui viennent seront déterminants. Les conséquences de l'été, la multiplication des crises et un calendrier social et politique chargé vont créer les conditions d'une convergence des mobilisations. Nous devons y prendre toute notre place, avec notre projet, nos revendications et notre capacité à rassembler.
Face aux crises, nous avons besoin de solidarité. Solidarité entre paysan·nes, solidarité dans nos territoires, solidarité au sein de notre réseau. Nous avons besoin de nous soutenir, de partager nos expériences, nos forces et nos colères, pour ne laisser aucune ferme seule face aux difficultés. La bataille ne fait que commencer. Aucune ferme ne doit disparaître !
Le secrétariat national de la Confédération paysanne
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